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La part du requin

Te a'itua, la transmission

UaPou-Koueva

Il en va des peuples comme des arbres. On peut les tailler, les couper jusqu’au près du sol, tant qu’il reste des racines vivantes, ils repousseront. Tel est le peuple Marquisien “Enana”. Amputé en un siècle de plus des neuf dixièmes de sa population et d’autant de sa mémoire, il a réussi d’abord à survivre et à assimiler tous ceux qui avaient débarqué sur ses îles pour y rester. Ensuite, avec un appétit féroce depuis les années quatre-vingt, les Marquisiens ont reconquis tout ce qui pouvait l’être de leur culture longtemps diabolisée par le clergé catholique. “L’église a imposé le tabou, l’église a levé le tabou.” Cette clairvoyance tardive est arrivée juste à temps. Vingt ans plus tard, il n’y aurait peut-être plus eu grand-chose à sauver.

Ce projet de récupération et de réinvention de soi-même est porteur de beaucoup d’énergie. J’ai été frappé, en débarquant sur l’île de Nuku Hiva que je n’étais jamais parvenu à me représenter, par la joie et l’optimisme qu’elle dégage. Dans l’archipel où deux grands artistes ont choisi de venir mourir, on a choisi de vivre. Vivre en exhumant l’héritage des ancêtres et en construisant là-dessus tout son désir d’être au monde d’aujourd’hui. Dans ces îles sauvages et peu peuplées, ceux qui font le festival Matavaa, ce sont tous les habitants. Qui confectionnent leurs costumes traditionnels, répètent leurs danses pendant des mois et les offrent au public sur les sites historiques fraîchement restaurés. On chercherait en vain autant d’authenticité partagée à Tahiti. L’isolement a aussi des avantages. Les Marquises, c’est un réveil identitaire exemplaire, parce que généreux, loin du mercantilisme et même cohérent avec un projet politique. “Le temps s’immobilise, aux Marquises” chantait Brel. J’ai vu les images magiques de ce temps arrêté dans la baie isolée d’Anaho, à Nuku Hiva, là où Stevenson avait fait escale en 1888. Mais l’impression dominante que je garderai de ce voyage, c’est plutôt de Marquisiens en pleine reconstruction d'un pont entre leur passé à leur futur, et qui jouissent de ce chantier qu'ils se sont offert.

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    SergeLV2w

     

     

    Serge Legrand-Vall en dix dates

     

    1958. Naissance à Montauban.

    1964. De l’Ariège à la Normandie, changement de décor et de patronyme.

    1976. École Supérieure des Arts appliqués Duperré / Paris.

    Auditeur libre en Ethnologie, civilisations amérindiennes / Paris VII Jussieu.

    1986. Ateliers Cinématographiques Sirventès, écriture scénaristique / Toulouse. 

    1995. Bordeaux.

    2005. Toulouse Bordeaux l’un dans l’autre (essai), première publication

    2011. Les îles du santal, premier roman suivi d'une résidence d'écriture aux îles Marquises pour La part du requin.

    2013. La rive sombre de l’Ebre.

    2018. Résidence d'écriture à Barcelone pour Reconquista, avec le soutien de la région Nouvelle-Aquitaine.

    2022. Un oubli sans nom.

     

    Plus :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Serge_Legrand-Vall

    Les avis de lecteurs :

    https://www.babelio.com/auteur/Serge-Legrand-Vall/111133

    L'actu :

    https://www.facebook.com/serge.legrandvall

    Les livres en stock dans les librairies indépendantes :

    https://www.placedeslibraires.fr/

    Et les indispensables : 

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  • D'abord pourquoi vendredi écriture ?

    Pour écrire, pendant une vingtaine d'années, j'ai défendu comme une citadelle assiégée mon vendredi. Le siège a été levé en 2020 et j'écris désormais tous les jours si je veux. Mais c'est grâce à tous ces vendredis que j'en suis arrivé là. 

     

    À propos de mon rapport au vrai et à l'imaginaire dans l'écriture,

    je ne résiste pas au plaisir de vous livrer cet extrait du monde selon Garp de John Irving :

    “Il attendait le moment où elle lui demanderait : et alors ? Qu'est-ce qui est vrai, qu'est-ce qui est inventé ? Il lui dirait alors que rien de tout ça n'avait la moindre importance ; Elle n'avait qu'à lui dire tout ce qu'elle ne croyait pas. Il modifierait alors cette partie. Tout ce qu'elle croyait était vrai ; tout ce qu'elle ne croyait pas devait être remanié. Si elle croyait toute l'histoire, dans ce cas, toute l'histoire était vraie.” 

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